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 LETTRE D'UN HOME D'AFFAIRE AMÉRICAIN A SON FILS
Chicago 1er Octobre

De John Graham, Union StockYards 1,
Chicago à on fils Pierrepont,
Université de Harvard, Cambridge,
Massachussets. La mère de M. Pierrepont
vient juste d'installer son fils, en
bonne et due forme, en première année
d'études universitaires à Harvard.


Cher Pierrepont,

Maman est revenue ce matin et elle
veut s'assurer que je te dirai de ne
pas trop étudier et moi, je veux
m'assurer que tu n'étudieras pas trop
peu. La raison pour laquelle nous
t'avons envoyé à Harvard, est que tu
reçoives un peu de cette excellente
instruction qu'ils ont en abondance
là-bas.

Prends en une grande portion,
chaque fois qu'elle t'est servie, car
je veux que tu aies ta part. Tu
t'apercevras que l'instruction est la
seule chose toujours disponible dans ce
monde et que c'est aussi la seule aussi
dont on peut prendre autant qu'on veut
en emporter. Tout le reste est bien
vissé et le tournevis perdu.

Je n'avais pas tes avantages quand
j'étais jeune, et tu ne peux pas avoir
les miens. Le Révérend Hoover s'était
mis dans la tête que je devais devenir
membre de l'église, et il m'en a ôté
toute envie en me demandant haut et
fort, devant tout le monde, tous les
dimanches pendant cinq ans si je
voulais être sauvé et en me poursuivant
après l'office pour prier avec moi. Je
voulais être sauvé, bien sûr, mais pas
aussi publiquement.

Quand un enfant a une bonne mère, il
a une conscience juste et quand il a
une conscience juste, il n'a pas besoin
qu'on désigne le bien et le mal pour
lui. Maintenant que ta mère est partie
et que le cordon est coupé, tu te
heurteras chaque instant à une nouvelle
sensation, mais si tu utilises un peu
de ton discernement pour juger et
sonder plus en profondeur ce qui te
paraît doux et agréable en surface afin
de vérifier s'il n'y a pas une mauvaise
odeur près de l'os, tout ira bien.

Je tiens à ce que tu sois un bon
étudiant, mais je tiens plus encore à
ce que tu sois un homme honnête et bon.
Et si tu obtiens ton diplôme tout en
gardant ta bonne conscience, je ne me
soucierai pas des quelques lacunes dans
ton latin.

Il existe deux parties dans
toute éducation universitaire - celle
que tu reçois en cours, de tes
professeurs et celle que tu reçois en
dehors des cours, de tes camarades.
Cette dernière est la partie réellement
importante. Car la première ne peut
faire de toi qu'un savant, alors que la
seconde fait de toi un homme.

L'instruction ressemble beaucoup à
l'alimentation - on ne peut pas
toujours déterminer quel aliment
particulier nous est utile, mais en
général, on peut dire lequel nous nuit.
Après un solide repas composé d'un
rosbif et de légumes et d'une tarte aux
fruits et d'une tranche de pastèque, tu
ne peux pas savoir quel ingrédient
particulier se transforme en muscle,
mais tu n'as pas besoin d'être très
intelligent pour découvrir quel est
celui qui a provoqué tes maux d'estomac
ou pour deviner, le lendemain matin,
celui qui t'a fait faire des cauchemars
toute la nuit.

De même, tout en ne sachant pas avec
précision si c'est le latin, l'algèbre
ou l'histoire ou quelque autre matière
qui construit telle ou telle partie de
nous-même, on peut continuer à les
absorber sans risquer de tomber malade.
C'est dans les plaisirs, les
divertissements et les loisirs, qu'on
trouvera nos maux d'estomac, et c'est
là qu'il faudra se poser pour réfléchir
et faire le bon choix.

Ce n'est donc pas la première mais
la seconde partie que les hommes d'affaire ont
à l'esprit lorsqu'ils se demandent si
l'éducation universitaire est rentable.
Ce sont les divers garçons écervelés et
fumistes.; qui se nourrissent de
pâtisseries et de glaces; les maniérés
qui bêlent comme des boucs au lieu de
parler comme tout le monde, les jeunes
coqs arrogants, excentriques et
bruyants; qui lancent à tout bout de
champ des « Par Jupiter »!, qui portent
la raie au milieu, fument les
cigarettes ; les fêtards qui boivent du
champagne, qui passent des nuits
blanches et dorment toute la journée,
qui les font douter du retour sur
l'investissement universitaire, et qui
leur font oublier les garçons normaux,
qui mangent du rosbif avec du jus de
viande, qui retroussent leurs manches
et étudient et font prospérer les
affaires grâce à leur savoir.

Est-ce qu'une instruction universitaire
rapporte ? Est-ce que ça rapporte de
nourrir un porc avec des restes à cinq
cents pour en tirer à l'autre bout, de
bonnes, succulentes petites saucisses «
du terroir », à vingt cents la livre ?
Est-ce que ça paye de prendre un boeuf
qui vivait à l'état sauvage dans la
prairie et qui se nourrissait de cactus
et de bois pétrifié jusqu'à ce qu'il
soit sec comme un tas de fil de fer
barbelé et de semelles en cuir et de le
nourrir de maïs jusqu'à ce qu'il
devienne un gros morceau de steak
solide et juteux?

Bien sûr que ça paye. Tout ce qui
apprend à un jeune homme à réfléchir et
à réfléchir vite, rapporte ; tout ce
qui lui apprend à trouver la réponse
avant que l'autre ait fini de mordiller
son crayon, rapporte. L'université ne
crée pas des sots, elle les développe.
Elle ne fabrique pas des hommes
intelligents, elle les développe. Un
sot restera un sot, qu'il fasse des
études ou non, bien qu'il deviendra,
probablement, une espèce différente de
sot.

Et un garçon vif et fort deviendra
un homme intelligent et fort qu'il ait
été éduqué à l'école de la rue du style
saisis-ce-que-tu-peux-et-mange-debout-e
n-tenant-à-l'oeil-le-chien, où qu'il ait
été lissé, lustré, poli, retouché,
fignolé à l'école de
passe-ta-commande-au-serveur-et-prends-
le-menu-scolaire-de-16-plats de tes
professeurs. Mais tandis que le manque
d'éducation universitaire n'enlève rien
au N°1, celle-ci peut rajouter un plus
au N°2.

Il s'agit simplement de la
différence entre deux styles de combat
dans l'arène de la vie: celui brut, des
coups de pieds et coups de tête
désordonnés, et celui souriant et
élégant de l'athlète entraîné, qui
esquive et garde son souffle jusqu'à ce
qu'il voit une opportunité de toucher
le plexus solaire de l'adversaire. Les
deux permettent de gagner, mais le gars
qui a un peu de connaissances sera le
meilleur, à condition qu'il ait bien
travaillé ses muscles. Si ce n'est pas
le cas, il est dans de mauvais draps,
car son style de boxe raffiné ne pourra
qu'agacer son adversaire qui n'en fera
qu'une bouchée.

Bien sûr, certains individus sont
comme des cochons : plus on les
instruit plus ils deviennent de drôles
de petites créatures qui amusent la
galerie avec leurs cabrioles et autres
charmants numéros appris.
Naturellement, l'endroit où il faut
envoyer les jeunes de cette espèce est
le cirque et pas l'université.

Parlant des cochons instruits, le
cas du vieux Whitaker et de son fils
Stanley me revient spontanément à la
mémoire. Je connaissais très bien le
vieil homme il y a une dizaine
d'années. Il était de ceux dont les
affaires rétrécissent au lieu d'élargir
l'esprit. Il ne prenait pas vraiment du
plaisir au travail, mais il ne le
lâchait pas parce qu'il ne savait rien
faire d'autre. Il m'a dit qu'il a
toujours du galérer pour gagner sa vie
et qu'il avait, par conséquent, proposé
à Stan de lui offrir la sienne sur un
plateau.

Il l'a envoyé dans des écoles
privées, des cours de danse, des lycées
et universités, puis il l'a expédié à
Oxford pour le mettre dans « l'ambiance
», comme il disait. Je n'ai jamais très
bien capté ce truc d'ambiance, mais il
me semble que l'idée principale en
était qu'il y avait quelque chose de
spécial dans les fumoirs de jambon
d'Oxford qui te donnait aux gars un
fumet particulier.

Bref, vers la fin des études de
Stan, son père fut récupéré par les
pompes funèbres et quand ses avoirs ont
été cuits et que l'eau de cuisson s'est
évaporée, il ne restait plus rien de
quoi fournir à Stan un repas
consistant. J'ai eu une conversation
avec lui concernant ses projets, mais
je n'ai pas eu l'impression qu'il avait
vraiment l'étoffe d'un bon soldat de
l'industrie, et encore moins d'un
capitaine, alors je me suis mis à lui
chercher une place qui correspondrait à
ses talents.

Je l'ai fait rentrer dans
une banque, mais alors qu'il en savait
plus sur l'histoire bancaire que le
Président et plus sur l'économie
politique que le Conseil
d'administration réuni, il n'arrivait
pas à faire la différence entre une
pièce de cinq livres officielle et une
fausse fabriquée dans les caves de
Halsted Street. Je lui ai trouvé un
emploi dans un journal mais alors qu'il
connaissait six langues et qu'il savait
tout sur les régions de l'Arctique et
sur l'histoire de la danse d'Adam
jusqu'aux temps modernes, il n'était
pas capable de rédiger un rapport
satisfaisant sur le Bal local des
livreurs de glace.

Il pouvait prouver que deux
et deux font quatre par la
trigonométrie et la géométrie, mais il
ne pouvait pas apprendre à tenir la
comptabilité ; il connaissait à fond
les grands poètes, mais il ne pouvait
pas rédiger une brève et simple annonce
commerciale ; il connaissait un millier
de maladies qui peuvent emporter un
homme en un clin d'oeil, mais il ne
pouvait pas vendre une simple police
d'assurance à mille dollars ; il savait
tout sur la vie de tous nos Présidents
comme s'il avait grandi avec eux, mais
il ne pouvait pas placer une collection
de livres de la Bibliothèque des Pères
de la République, même à crédit à
faibles mensualités, qui les rendait
aussi accessibles que si on les
empruntait à un ami.

En fin de compte, je suis tombé sur
quelque chose qui semblait être sur
mesure pour lui. Je me suis dit que
n'importe quel gars qui disposait d'un
tel stock d'informations devait être
capable de l'écouler à profit. Je lui
ai trouvé un poste d'enseignant. Mais
il s'est avéré qu'il en savait
tellement sur la meilleure manière
d'instruire les élèves, qu'il ne s'est
pas gêné de reprocher à son directeur
qu'il avait tout faux, ce qui a bien
sûr ulcéré ce dernier ; et il en savait
tant sur les langues mortes - celles
qu'il avait été employé pour enseigner
- qu'il en avait oublié qu'il avait à
faire à des garçons vivants, et comme
il ne pouvait pas tout leur dire
pendant les heures régulières il les
retenait après les cours, ce qu'ils
n'appréciaient pas vraiment et ce qui
fit perdre à Stan encore un emploi. La
dernière fois que j'ai entendu parler
de lui, Stan écrivait des articles sur
le thème « Pourquoi les Jeunes Echouent
», et il avait beaucoup de succès parce
que l'échec est le seul sujet qu'il
pratiquait avec succès.

Je n'ai évoqué Stan qu'en passant,
comme exemple qu'avoir beaucoup de
connaissances ne vaut pas autant qu'en
avoir peu mais savoir comment les
utiliser.

Bien affectueusement
Ton père, John GRAHAM

pour plus de lettre consulter :
http://plans-astuce.blogspot.com
Par : brotherone
Inscription d'une personne : Il y a 4 an(s)
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Ajoutée : le jeudi 7 mai 2009
Mots-clés : affaire  gratuit  astuce  lettre  succés  Américain 
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