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Assombrissement de la planète et effet de serre
par Eric Jousse effets contraires mon cher Watson. Depuisbien longtemps, scientifiques et écologistes nous ont prévenus desproblèmes climatiques qui nous pendaient au nez et qui désormais noussautent aux visages réellement, concrètement, directement aussi bienque par les médias interposés. Canicules et pluies diluviennes,tempêtes et inondations, etc... tout porte à croire qu’ils ont depuislongtemps raison. La planète bleue s’affiche de plus en plusérubescente sur les images satellite. « La Terre brûle » a même jeté lePrésident Chirac à la face du monde. Une des rares choses sensées, s’ilen est, qu’il ait pu proférer et qu’il doit d’ailleurs à Nicolas Hulot.
La Terre, entre chaud et froid
Sousles coups de boutoir de nos pollutions massives, le climat semble fairece qu’il peut pour réguler les températures et pour y parvenir, ilemprunte apparemment des voies bien surprenantes.
Lorsque l’onparle de dérèglements climatiques, on pense souvent au trou d’ozone etplus souvent encore à l’effet de serre. Cet effet de miroir qui renvoieles rayons solaires qui ont pénétrés l’atmosphère puis les emprisonnentici bas, crée bien une accumulation de chaleur qui, à n’en pas douter,a des conséquences sur les températures à l’origine de bien descatastrophes, catastrophes qui nous apparaissent de moins en moinscomme du seul fait de la nature.
Mais l’épais matelas de 3 kmd’épaisseur résultant de l’accumulation des gaz à effet de serre s’estavéré, dans ces différentes composantes et dans leurs effets sur leclimat, un peu plus complexes qu’on ne pouvait le penser.
Eneffet, cette couche constituée de nombreux types de gaz différents aaussi des facultés réfléchissantes mais cette fois tournée versl’espace. Par conséquent, nos émissions de gaz ont aussi d’une certainemanière (on verra plus loin comment) pour tendance avérée d’assombrirla planète et donc, de la refroidir.
Parmi les rayons solairesqui nous parviennent certains pénètrent l’atmosphère pour y êtreensuite emprisonnés (l’effet de serre qui réchauffe) et d’autres sontréfléchit par un effet de réverbération (assombrissement ouopacification qui refroidit).
Ces deux phénomènes croissantsdans le même temps, on a pu observer que l’un pouvait compenserpartiellement l’autre. En d’autre terme, l’impact des gaz à effet deserre qui réchauffent s’est avéré tout de même plus puissant quel’impact des gaz responsables de l’assombrissement de la planète qui larefroidit.
Mais l’assombrissement a eu pour conséquence de minimiser la perception que l’on a eu de l’impact des gaz à effet de serre.
Un étrange équilibre
Voyonsde plus près ce que l’on peut dire de cette découverte effectuée dansles années 90, confirmée depuis, et dont on nous parle finalement peu. Ladécouverte résulte de l’effet de micro-particules rejetées dans l’airnotamment par nos moteurs diesels et par les réacteurs d’avions.
Cesparticules accompagnées d’un phénomène de fragmentation desgouttelettes d’eau constituant la couche nuageuse augmentent d’autantleur faculté de réverbérations des rayons solaires vers le cosmos.
Cemanque à gagner de soleil a été observé notamment sur le développementdes plantes, un manque à gagner de croissance avec des conséquenceséconomiques ignorées ce qui constitue un nouvel exemple qu’il y a bienun primat de l’écologie sur l’économie [1].
De manière plussurprenante, on pense du coup que l’assombrissement est une autant unecause des cas de famines que le réchauffement lui même. Lesconséquences thermiques de l’assombrissement, quant à elles, ont étémesurées notamment les 11, 12 et 13 septembre 2001, à New-York et danstoutes les stations météo des États-Unis alors qu’à part quelques rareset notables exceptions, tout trafic aérien avait été interdit.
L’absencede tout trafic et donc de voile blanchâtre avait relevé la températuremoyenne d’un degré (ce qui est plus important qu’il n’y paraît) dès le12 septembre, avec une météo identique.
Les riverainsd’aéroports que nous sommes à Gonesse, savent que les avions font dubruit mais n’ignorent pas que les tuyères des réacteurs sont aussid’énormes pots d’échappement.
Yves Cochet, alors député du Vald’Oise, a même dit un jour qu’un seul Boeing 747 consommait audécollage autant que 800 automobiles prises pendant une heure dans unbouchon. De ces moteurs d’avion, s’échappent les fumées résultant de lacombustion du kérosène et lorsque l’avion vole à grande vitesse enaltitude, elles se mêlent à de la vapeur d’eau résultant del’évaporation de la condensation due aux frottements de l’air trèsfroid sur les ailes plus chaudes de l’avion.
Ces traînéesblanches que chacun peut distinguer par temps clair ont pourconséquence de créer un voile dont la composition complexe a cettefaculté de renvoyer les rayons solaires vers le cosmos comme un miroirqui, orienté vers le soleil cette fois, génère un effet de serreinversé.
Ce constat étonnant de l’existence de deuxréverbérations opposées mérite bien que l’on y réfléchisse pour entirer quelques conclusions mêmes partielles. La première idée qui vientest que s’il n’y avait pas ces émanations de gaz responsables del’assombrissement, la part réchauffante des pollutions serait d’autantplus importante qu’elle ne serait plus contrecarrée par un effet derefroidissement.
On se surprend d’ailleurs à frémir quand onpense ce que cela aurait pu provoquer si la fonte des glaces etl’échauffement donc la dilatation des mers avait été amplifiés parl’absence de cet effet de refroidissement qui, à coup sûr, auraientgénérés de bien plus graves inondations que celles que l’on connaîtdéjà un peu partout dans le monde.
Durant ces journées deseptembre 2001, l’augmentation de la température moyenne fut franche etrapide à la grande surprise des scientifiques. Les conséquences à longterme ne pouvaient qu’être très graves. Mais les aéroports ont étéévidemment réouverts.
On en a qu’une, ce n’est pas la lune
Lespots catalytiques qui équipent désormais nos automobiles depuisplusieurs années ont eu leurs effets nous disent les scientifiques etl’inventivité des ingénieurs français ne sont pas, dit-on, étrangers àce succès. Il faut sans doute s’en réjouir et les féliciter d’autantd’efficacité.
Mais cette bonne nouvelle fait place à une frayeurdès lors que l’on comprend que durant de nombreuses années, l’ampleurdu réchauffement a été dissimulé du fait qu’il y avait par ailleurs uneffet de refroidissement induit aussi par nos pollutions.
End’autres termes, si nous continuons à être plus efficaces dans la luttecontre les causes de l’assombrissement qui refroidit que dans laréduction des émissions de gaz participant du réchauffement planétaire,nous augmentons d’autant les conséquences de réchauffement dues aux gazà effet de serre que nous ne cessons par ailleurs de rejeter tant etplus chaque jour.
En conséquence si nous voulons limiter les dégâts, il semble que nous ayons deux solutions.
Lapremière vient d’un raisonnement par l’absurde qui a aussil’inconvénient de ne pas être durable. Elle consisterait à enlever nospots catalytiques et à faire voler de plus en plus d’avions pourémettre massivement des gaz dont la teneur engendrera à nouveau del’assombrissement puis du refroidissement. Cette solution quipermettrait d’augmenter d’autant la production de gaz réchauffants,conviendrait au système économique dominant actuellement, dans lalimite de nos réserves de pétroles notamment.
La deuxième, plusécologique et de loin préférable parce que plus durable, nous enjoint àagir résolument pour diminuer de manière importante le rejet de ces gazresponsables du réchauffement.
De la première découlera touteune logique qui relève d’une « économie de la réparation ». Nous sommesentrés depuis au moins un siècle maintenant dans un processus hautementprédateur dont les conséquences nécessitent déjà réparation si l’onveut pérenniser le système.
C’est une des acceptions possiblesde ce que l’on appelle le développement durable, de cette durabilitéque l’on tiendrait à bout de bras grâce aux découvertes de la scienceet en achetant des droits de polluer en replantant des forêts entièresavec des essences à croissance rapide par exemple, les solutions decourt terme étant ici les seules qui vaillent pour communiqueravantageusement.
L’idée est simple, plus on casse plus il y a àréparer ce qui finalement s’aperçoit comme un bon moteur pour l’économie... marchande s’entend. Et si l’on pousse le raisonnement unpeu plus loin, on peut même entrevoir qu’à l’instar d’une voiture usée(qu ’on ne considère plus depuis longtemps comme un bijou... qui nes’use pas lui) que l’on déciderait de remplacer, le véhicule Terreconsidéré comme irréparable trouverait bien, pour certains, unsuccesseur chez le concessionnaire cosmos, qui s’appellerait Mars parexemple.
Une idée qui conviendrait bien à l’esprit pionnier d’unpropriétaire de 4x4 pickup. Quant à imaginer s’il y aurait de la placepour tout le monde le jour venu du grand déménagement, c’est encore uneautre question. La deuxième (pour ne pas dire la seconde), induiraplutôt une « économie de la prévention et de la précaution ».
Dansce cas, le développement durable tient plutôt au fait que nous avonshérité d’un patrimoine naturel à concevoir en termes quantitatif etqualitatif et qu’il nous faut faire en sorte de le transmettre dans unétat comparable sinon identique aux générations qui nous suivent.
Autantdire que ce bilan devrait être maintenu de manière constante car lanotion de génération n’a qu’une valeur théorique : la génération qui mesuivra est déjà là, et nous respirons déjà le même air. Reste à savoircomment, car il est bien évident maintenant que les dégradations sontdéjà telles qu’ils nous faut réparer dans le même temps qu’il nous fautêtre précautionneux en (ré)apprenant à gérer les ressources sur de pluslongs termes.
Une autre politique énergétique est possible si...
Onne pourra évidemment pas ici décliner par le menu et dans le détail lavoie à emprunter mais commençons par rappeler que la vapeur d’eau estle grand responsable de l’effet de serre et par conséquent duréchauffement ! [2]
Elle représente en effet plus de la moitiéde la totalité des gaz rejetés (55%), vapeur d’eau que l’on neconfondra pas avec les nuages essentiellement dus à l’évaporationnaturelle des fleuves et des mers (seulement 17%), le restant (28%)résultants de la combustion des hydrocarbures (essentiellement du gazcarbonique) qui, parce qu’elle est porteuse pour une part desmicro-particules, est à la fois cause du refroidissement et duréchauffement.
En conséquence, la vapeur d’eau est le gaz surlequel il y a le plus a gagner dans cette course contre la montre etcette lutte contre les causes liées aux dérèglements climatiques.
Quiaurait pu penser que de la simple vapeur d’eau fut aussi néfaste pournotre climat ? Cette vapeur qui m’aide à repasser mes chemises, quifait mon café, qui cuit mes légumes etc.
Cette information aussiperturbante soit elle est bien plutôt à concevoir comme le début de lasolution. Diminuer rapidement et de manière importante toute activitégénérant de la vapeur d’eau, c’est en effet agir sur le gazmajoritairement responsable du réchauffement. Il y a les ruisseaux maisaussi il y a les grandes rivières de l’émission de vapeurs.
Noscentrales nucléaires, qui prélèvent énormément d’eau pour se refroidir,en émettent déjà beaucoup, trop sans doute et demain, nos futuresautomobiles à hydrogène [3], aux échappements certes moins directementtoxiques pour l’homme, en rejetteront aussi et donc prendront une partimportante à l’effet de serre. Et comme dit encore ma grand-mère, iln’y a pas de petites économies mais il y a surtout de grandsgaspillages qui sont des conforts fictifs et onéreux.
Le soleilque nous consommons déjà, qui nous chauffe et nous éclaire la plupartdu temps est aussi bien souvent à l’origine des vents. Ces deux sourcesprincipales d’énergies renouvelables et abondantes que nous consommonsdéjà énormément sans y prêter vraiment attention, il semble que nouspouvons les utiliser bien plus encore [4].
Ce sont les seulessources d’énergie qui nous permettront de lutter efficacement contreles rejets de micro-particules causes de l’assombrissement et de gaz àeffet de serre qui transforme peu à peu la Terre en enfer. Il nousfaudra investir dans la recherche pour inventer et innover.
Mais la solution est à trouver d’abord dans les pratiques quotidiennes de chacun.
Ilnous faut apprendre à réduire nos consommations, de moitié même puisqueça semble possible, non pas en les rationnant mais en les rationalisant(histoire de ratio et pas encore de ration). Pour le reste, l’autremoitié, il nous faudra recourir progressivement qu’aux seules énergiesrenouvelables diverses et variées que la nature nous prodigue à mesureque l’on devra, démantèlement des centrales en fin de vie oblige,sortir du nucléaire et renoncer au pétrole qui s’épuise. Et mon avismaintenant, c’est que le plus vite possible sera le mieux.
Eric Jousse Attac Val d’Oise Sud-est.
(*) « 11 septembre 2001 : une journée sans nuage... » - documentaire, BBC
[1]« Un autre monde est possible si... », Susan George, Fayard 2004Chapitre 2 : ... si nous sauvons la planète. Page 43 et 44 : « (...) jesoutiens que le capitalisme et l’écologiquement « durable » (...) sontlogiquement et conceptuellement incompatibles. Deux visions du monde,l’écologique et l’économique, sont en guerre, qu’on ait ou non prisconscience de leur affrontement. L’issue de celui-ci décidera del’avenir de l’humanité. Ou plutôt, elle dira si l’humanité a ou non unavenir. (...)
L’ « éco » d’économie et d’écologie renvoie à lamême racine grecque, oikos, la maison, la propriété, le domaine.L’éco-nomos, c’est la règle (ou l’ensemble des règles) qui régit lagestion du domaine. L’éco-logos, c’est le principe de base, l’esprit,la raison d’être (...) Étant donné l’étymologie, on peut s’attendre àce que le logos paraisse le plus important des deux et l’emporte sur lenomos. En bonne logique, le principe fondamental, l’esprit, devraitavoir la préséance et définir les règles et règlements de telle sorteque L’éco-logos, soit la force directrice qui oriente L’éco-nomos. »
[2] Source : GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat)
[3] Le plein d’hydrogène, par Michel Alberganti LE MONDE, 02.08.05, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-677112,0.html
Source : http://yonne.lautre.net/article.php3?id_article=1345
Mis en ligne sur http://terresacree.org/vaccinserre.htm
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